0 7 minutes 7 heures
Partagez cet article

Dr. Timothée Aurélien EMENI, 36 ans, est un pygmée Baka originaire de la région l’Est-Cameroun, département du Lom -et- Djerem arrondissement de Diang. Depuis juillet 2025, il est titulaire d’un doctorat en droit public et Coordonnateur du Programme de Leadership Autochtone de l’ONG « Well Grounded ». Voici l’histoire d’un jeune homme qui a pu rompre les mythiques préjugés au sujet des pygmées, peuple autochtone du Cameroun et d’Afrique centrale. Alors que le Cameroun célèbre la 60eme édition de la jeunesse ce 11 février 2026, il raconte son expérience unique afin galvaniser tout jeune victime de marginalisation quelconque.

Son ressenti « je me sens comme un poisson dans l’eau »

L’histoire retiendra que je suis le tout premier pygmée au Cameroun et de l’Afrique centrale à soutenir publiquement une thèse de doctorat et Je suis si fière de porter ce titre de Docteur (Dr). Nous les pygmées avons longtemps été marginalisés, considérés comme des sous-hommes incapables d’atteindre un certain niveau d’étude ou de civilisation, ce titre est pour ma communauté et moi, un véritable exploit. Je me sens comme un poisson, désormais libre de cette pression que je m’étais donné dès ma petite enfance car aujourd’hui je porte la voix de l’intellect autochtone d’où ma détermination d’amener plus haut et plus fort, la voix des pygmées où elle devrait être entendue. Ailleurs c’est assez facile de trouver trois à cinq doctorats au sein d’une seule, mais pour nous, peuple pygmée peuple autochtone, le fait d’avoir ne serait-ce qu’un seul qui vienne se mettre aussi sous le soleil de l’intellect, c’est une célébration. Je veux être un modèle et je puis vous assurer que d’ici cinq  ans au plus nous auront d’autres docteurs et même des professeurs autochtones pourquoi pas !!!

 Motivation et parcours : « tu n’es qu’un petit pygmée tu n’iras nulle part »

Je fais mon parcours primaire et secondaire dans mon  Diang arrondissement natale, sanctionné par l’obtention de  mon baccalauréat A4. Je viens ensuite à l’Université de Yaoundé II (Soa) où je choisis d’étudier le droit parce que derrière il y avait une ambition, celle de défendre les droits des communautés autochtones.

Plus jeune, j’aimais bien jouer au football dans les rues du village et à chaque fois, certaines personnes ne manquaient pas l’occasion de me dire : « tu n’es qu’un petit pygmée tu n’iras nulle part » et cela m’affectait énormément. Même étant au lycée, j’étais régulièrement victime des regards condescendants et propos discriminatoires. J’ai dû faire un travail intérieur très profond en m’acceptant comme je suis et à être fière de mes origines peu importe la perception des autres car je suis un humain comme tous les autres. C’est alors que je me suis fixé une vision sérieuse de la vie. Au départ, Je voulais être au minimum Maitre en droit mais lorsque j’obtiens ma maitrise en 2022, je me dis : pourquoi ne pas toucher le plafond des études supérieures ? Je me suis donné les moyens nécessaires, avec l’accompagnement de ma famille précisément mon frère ainé à qui je dédie cette thèse de Doctorat sans oublier mon Directeur de thèse, Professeur NCHOUWAT Amadou, ils ont cru en moi et m’ont fortement encouragé.

Thèse et apport : la nécessité de construire une cohabitation paisible entre la protection de l’environnement et le droit au développement

Ma recherche portait sur « Les normes juridiques de protection de l’environnement à l’épreuve du droit au développement ». Alors… je viens avec un débat qui est d’actualité sur deux courants à savoir : la protection de l’environnement qui a une déclinaison en environnement sain et droit humain puis le droit au développement (droit de troisième génération des droits humains). Mettre ces deux courants sur une table juridiquement, politiquement ou socialement c’est évoquer un débat qui fait la une des réflexions au niveau international. La dégradation de l’environnement qui cause aujourd’hui tous les changements climatiques à cause du déploiement tout azimut du droit au développement est un fait réel. Au vue du grand intérêt que la communauté internationale via la convention de 1992 de Rio,  la conférence de Stockholm de 1972 et toutes autres grandes rencontres internationales, il y a cette tendance à accorder une place prépondérante à la question de la protection de l’environnement. Nous savons tous que la vie dépend du cadre de l’environnement. À côté il y a le droit au développement qui est aussi un droit consacré par la convention des nations unies de 1986.

On trouve là une recherche d’équilibre entre ces deux courants, entre ces deux droits qui finalement relèvent des  droits humains. Malgré cette primauté accordée à l’intérêt de protéger l’environnement, on constate aujourd’hui que les états sont plus engagés et orientés vers le droit au développement et finalement oblitère au grand jour toutes ces conventions protégeant l’environnement.

Dans ce travail je  mets en lumière la nécessité de construire une cohabitation paisible entre la protection de l’environnement et le droit au développement. En réalité, le droit au développement devra s’arrimer aux exigences environnementales. Ça ne sert à rien de développer  le monde avec tous ces grattes ciels et autoroutes (très utiles je précise) et exposer en retour la vie humaine. Regardez les incendies qui ravagent les USA chaque année, ces glissements de terrain, ces inondations qui relèvent du fait que, plus l’environnement est dégradé de manière exponentielle, plus la vie la humaine est exposée.  Je viens non seulement construire un équilibre mais aussi renforcer les normes environnementales en laissant la place à un développement qui tient compte de la durabilité écologique : le développement durable effectif et efficace.

Loading

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *